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Vozama : sauvons les enfants malgaches !

Actualité Générale - 03/12/2015

On n’est pas rendus !

  • Mananjary 1975
  • en compagnie d'autres frères de la Doctrine Chrétienne

Jubilaire sans le faire exprès, le directeur général de Vozama n’a pas vu passer les cinquante dernières années de son parcours malgache. A la tête de Vozama depuis 2000, il creuse toujours activement le sillon, tout en préparant une transition qu’il a voulue progressive. Vozamagazette a déjà ainsi décrit l’évolution de la gouvernance du projet, au fil des mois. Voici – une fois n’est pas coutume - une évocation plus personnelle d’un parcours d’exception, tout entier illustré par une maxime chère à Frère Claude et qui invite à l’action : « on n’est pas rendus ».

Frère Claude : 50 ans aux côtés des enfants de Madagascar.
Ce soir d’automne à Matzenheim - son Alma Mater où il aime se ressourcer – Frère Claude, de passage en Europe pour ce qu’il appelle sa « tournée des popotes » - a convié des amis de Vozama pour un moment de convivialité et d’échange. Arrivé en avance, il évoque pour Vozamagazette ses premiers pas sur la Grand-Île, il y a un demi-siècle. Bientôt emporté par le récit, son incroyable regard où tout se lit perdu dans le lointain, il raconte avec chaleur sa belle aventure. Homme carré dans un corps rond, l’enfant de Bernardswiller se livre ici en toute simplicité et sans fioritures : comme il vit, en couleurs et sans langue de bois.

Cinq Alsaciens
Les Frères de Matzenheim étaient déjà actifs à Madagascar depuis 1957  mais c’est l’exemple de feu le Père Marcel Dietrich, Spiritain, vicaire à la mission de Nlong, au Cameroun,et originaire de mon village natal qui m’a donné l’envie de partir en Mission. J’ai ainsi débarqué sur la Grande-Île le 22 septembre 1965, comme coopérant, il y a un peu plus d’un demi-siècle. J’accomplissais ainsi le vœu de mon père qui, quand il était en colère contre moi, voulait m’envoyer « au pays où pousse le poivre ! ».

Mananjary 1975
Dans le premier collège où j’ai enseigné, à Mananjary au bord de l’Océan Indien, il y avait environ 400 élèves et 5 frères alsaciens dans le corps enseignant : j’étais en bonne compagnie ! J’ai quand même vite trouvé un peu incongru d’enseigner l’anglais et les maths, selon les programmes français, à des gamins d’un pays où l’agriculture avait besoin de bras pour les nourrir. Ainsi est né le projet d’acheter un terrain de 30ha à un ancien colon français. L’idée était d’y faire apprendre à nos élèves à travailler la terre et de redonner à l’agriculture ses titres de noblesse. Nous avons initié nos jeunes à la culture du café et leur avons appris les premiers éléments d’une riziculture améliorée, en même temps que nous élevions des vaches dans un pays où le zébu est un précieux symbole de richesse.

Un zébu dans la classe
L’Évêque responsable de l’Enseignement catholique trouvait que j’en faisais un peu trop : « Frère Claude s’immole sur l’autel de la Patrie ». Cela n’a fait qu’accentuer ma détermination. Dans ce pays si pauvre, l’aboutissement naturel du processus éducatif était de devenir fonctionnaire. Alors je me suis lancé à corps perdu dans un autre projet : créer, sur ce qu’on appelait alors - en pleine veine révolutionnaire – « la Colline du Progrès », un centre d’initiation technique pour familiariser au travail du bois. Et je supervisais en même temps la poursuite des travaux agricoles. Mais en 1972 la nationalisation nous a dépossédés, faute de prouver notre légitimité à occuper le terrain. Cinquante ans après, la question du cadastre, loin d’être réglée, empoisonne encore l’atmosphère des transactions immobilières et foncières à Madagascar. J’ai passé ainsi 10 ans à diriger un collège, avec des moments pittoresques, comme ce jour où un zébu est entré dans une classe par la porte pour ressortir par la fenêtre. J’ai eu bien sûr de nombreux contacts, au fil des ans, avec les plus anciens de mes élèves. Qu’ils soient ou pas devenus fonctionnaires, tous gardaient un excellent souvenir des classes agricoles !
Dans les années 70, en un temps où l’expérience tanzanienne de Julius Nyerere et son « Ujamaa »  inspirait les révolutionnaires malgaches, je suis allé de plus en plus souvent, bientôt  chaque samedi, au contact des familles rurales affamées. Je garde le souvenir poignant de ce gamin de 13 ans mort de malnutrition. Et se forgeait en moi une conviction : le pays a besoin d’une vision globale du développement. Elle inspirera un beau projet, « La Vallée de la Vakoa », sur le haut-plateau près de Fianarantsoa, impulsé avec Terre des Hommes Alsace .

Rapports pittoresques
Je croise le Père Boltz (Jésuite) à cette époque.  Cet homme-là n’a peur de rien. Il est allé jusqu’à créer un syndicat aux côtés des paysans pour lutter contre les abus des colons. Et je partage sa conviction : l’illettrisme est le premier fléau de Madagascar.  « A 88 ans, lui lance son neveu, on n’est pas fichu » ; il réunit des fonds pour construire ce qui deviendra VOZAMA. Et bientôt 300 écoles, toutes conçues sur un principe tout simple : c’est l’école qui va à l’enfant et pas l’inverse. Et le village fournit les monitrices, une proximité relationnelle indispensable pour accréditer l’enseignement dispensé. En creux, une réalité crue : le Père Boltz, homme de cœur, de projet et d’action, entretenait avec la gestion financière des rapports pittoresques et lointains qui auraient pu compromettre l’ensemble du projet. En 2006, fatigué, il a demandé à être relevé de sa mission et moi…  j’ai essayé  de relever le défi !

Électron libre
En 2000, un peu électron libre, je voyais bien où j’avais mis les pieds… mais je ne savais pas encore où j’allais. Un peu comme dans une reprise d’entreprise, j’ai commencé par le commencement : un état des lieux – c’était laborieux – de la situation financière. Simultanément je suis allé au contact de tous les acteurs du projet, en une suite de réunions intensives et très personnalisées. Initiée à Fianarantsoa, cette approche a été étendue à Ambositra. Car la priorité était de faire tourner la machine, avec un personnel bien formé et selon des modalités comparables, pour que le projet étendu sur un territoire grand comme l’Alsace parle d’une seule voix. Cette pratique est encore de règle aujourd’hui : elle solidifie en permanence la colonne vertébrale de Vozama. Avec plus de 2000 fiches sur 10 ans, les bases pédagogiques sont solides et en perpétuel renforcement. 

Parler avec le cœur
C’est presque naturellement, les fondations étant posées, que se sont construites des activités dont la combinaison tresse aujourd’hui la richesse du projet Vozama : l’éducation parentale, l’hygiène, le soin de l’environnement etc. Nous avons la chance d’être honorés par un capital de confiance : les familles nous connaissent, nous voient en permanence sur le terrain. Transmettre à des illettrés, c’est d’abord parler avec le cœur. Et c’est au sein des familles que tout se passe, grâce aux enfants qui rayonnent de leur savoir tout neuf auprès de leurs aînés.

Exigence
Vozama fonctionne parce que nous veillons à ce que l’engagement soit réciproque : si au bout de six mois les parents d’élèves n’ont pas construit un minimum de mobilier pour l’école, nous la fermons. Cette rigueur est appréciée parce qu’elle est bénéfique : la présence des parents d’élèves – certains viennent de loin - à des réunions où on ne distribue rien d’autre que des comportements à adopter, dépasse parfois les 60%.  C’est plus qu’aux réunions de parents d’élèves en France. C’est surtout un précieux témoignage de reconnaissance et le gage d’une continuité qu’il nous appartient de conforter en qualifiant plus encore ces formations.

Sans équivalent à Madagascar
Au fil des ans, nous avons accueilli environ 90 000 enfants dont 85% auront achevé leur cycle primaire après avoir fréquenté le préscolaire Vozama. C’est notre fierté, ourlée d’une ardente obligation : continuer, plus haut, plus loin cette expérience globale qui impacte sur le développement. Notre projet est, selon les autorités malgaches - qui ne lui ont pourtant alloué aucun statut - unique à Madagascar. Une singularité reconnue et saluée par nos bailleurs de fonds dont le premier, Misereor, contribue à presque la moitié de nos financements. 

Mettre l’homme debout
Croyants ou laïcs, les compagnons de Vozama partagent une ambition commune : mettre l’homme debout. Et pour cela l’éduquer, lui apprendre à se prendre en mains… et bientôt à se remonter les manches. Ici en France ou là-bas sur le terrain, nous restons ce que nous sommes et nos amis malgaches conservent leur culture. C’est le respect mutuel de ce que nous sommes qui fait prospérer ce projet, dans une vision partagée du développement par l’éducation dans ce pays magnifique que j’aurai tant aimé.

Adoptez une école… et le village décolle ! Pour toute question contactez-nous au 09 67 35 35 65 / 06 66 03 38 57 ou contactez-nous par mail : contact@vozama.org
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